C koi la goch ?
Au fait, qu'est-ce que la gauche ?

Depuis les révolutions de 1789 et de 1848 et l'apparition du clivage droite/gauche en France, la définition de la gauche a beaucoup évolué. Après avoir défendu un libéralisme hérité des Lumières, la gauche a défendu la souveraineté populaire en luttant pour l'installation d'une république démocratique, puis a contribué à étendre les valeurs de la démocratie à la sphère économique et sociale à travers des programmes socialistes. Par ailleurs, il n'y a jamais eu une gauche en France, mais des gauches. Et lorsque la gauche fut au pouvoir au XXe siècle, ce fut toujours grâce à l'alliance de ses différentes composantes : républicains démocrates, socialistes, communistes, puis écologistes. Il n'y a jamais eu en France de victoire de la gauche sans alliance (bloc de gauche, front populaire, programme commun, gauche plurielle.) En revanche, la gauche a toujours été exclue du pouvoir lors de ses querelles fratricides (oppositions entre républicains démocrates et socialistes, puis entre socialistes et communistes, avant d'arriver aux oppositions actuelles difficilement synthétisables.)

Du passé, la gauche doit tirer deux leçons. D'abord assumer son passé. A une époque où les valeurs de démocratie et de socialisme sont malmenées, elle doit non seulement revendiquer et défendre cet héritage, mais aussi faire comprendre que ces valeurs sont toujours perfectibles et adaptables au XXIe siècle au sein d'un espace mondialisé où les libertés fondamentales et la justice sont loin d'être acquises pour la majorité des individus. Ensuite, la gauche doit faire de ses différences une force et non une faiblesse. Elle doit faire comprendre qu'elle est pour le pluralisme et que ses oppositions internes en font une force de propositions critiques issues de débats d'idées. C'est pour elle le véritable moyen de montrer qu'elle incarne pleinement la liberté d'expression et présente une alternative face aux risques de "pensée unique" et d'"ordre moral".

Les valeurs qui unissent la gauche sont nombreuses. La nécessité de renforcer la démocratie et la justice dans toutes les sphères de la vie individuelle et collective ouvrent de nombreuses perspectives. Sur le plan politique, les pouvoirs des éxécutif peuvent être amoindris au profit des représentants élus directement. La parité et la proportionalité doivent s'imposer dans tous les scrutins. Beaucoup d'instances consultatives élues directement gagneraient à devenir délibératives. Les étrangers devraient aussi avoir le droit de participer pleinement à la vie civique du pays. Le malaise de la jeunesse, si perceptible lors des crises sociales des années précédentes, implique de lui donner des responsabilités. Un jeune de 16 ans peut travailler et être jugé comme un adulte majeur, mais n'a pas le droit de vote. Quant à l'école, elle a pour but de former les citoyens de la République, mais a-t-elle vraiment pour objectif de former des citoyens d'une démocratie ?

A ce niveau, une véritable démocratisation de nos administrations serait un préalable à un renforcement de la justice dans le pays. Les usagers et les personnels doivent y avoir des élus qui y auraient un véritable pouvoir de décision afin de rapprocher l'administration de ses administrés. Le transfert de véritables compétences aux travailleurs et aux administrés dans le public servirait ainsi d'exemple pour le secteur privé au sein duquel les syndicats et les élus du personnel, quand ils existent, n'ont qu'un rôle trop limité. Une gauche qui défend les valeurs de démocratie et de justice sociale doit encourager et soutenir les salariés dans leur volonté de participer à la gestion de leur entreprise et à la répartition des richesses, elle doit encourager les systèmes alternatifs au capitalisme comme les coopératives, les mutuelles ou les associations pratiquant la démocratie interne et une volonté de redistribution des profits.

Sur ce plan, les collectivités territoriales ont un grand rôle à jouer, comme dans le contrôle des biens et services d'intérêts généraux, à condition que ce contrôle incombe à des citoyens élus et responsables et non à des technocrates issus de l'élite dirigeante. De même, des élus de gauche doivent au niveau local casser les ségrégations spatiales, par exemple en trouvant le moyen d'imposer des logements sociaux dans les programmes immobiliers privatifs afin de favoriser dans tous les quartiers la mixité sociale. La création de coopérative de consommation ou d'organismes de crédit mutualiste au niveau local doit venir en aide aux personnes précaires et sensibiliser la population à la possibilité d'une économie différente de celle du capitalisme individualiste.

On pourra bien sûr discuter de ces choix et surtout des moyens pour y parvenir. Mais si les différentes forces de gauche se distinguent justement sur ces moyens, elles ne doivent jamais renier leur fin, à savoir la volonté de renforcer la dignité du citoyen en mettant la société à son service et non l'individu au service de l'économie.

Chaïb www.presumescoupables.net

Dernier ajout le vendredi 2 juillet 2010.